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In petto (2013)

Bande dessinée, 60 pages
Re:Pacific 2013
CHF 24 / € 17
Manuel Perrin a choisi la bande dessinée pour faire le récit d’une formation artistique. C’est le père qui initie le fils, dès son plus jeune âge, à ce moyen d’expression, avant de tomber malade prématurément et de subir un décès mouvementé suite à l’intervention d’Exit… Si l’artiste s’attarde peu sur les sentiments provoqués par cette perte, la mort reste présente tout au long de son histoire, d’un cadavre de chat ramassé au bord de la route à l’oncle bienfaiteur retrouvé pendu dans son garage. De quoi se mettre, presque fatalement, à sculpter des pierres tombales décalées pour aller les disposer (provisoirement) devant

l’entrée principale d’un hôpital le temps d’en faire quelques photos…

Le reste – rencontres amicales, visites d’expositions, élaboration d’oeuvres personnelles – donne matière à quelques développements bozardo-théoriques tout à fait dignes d’une école supérieure, qui se terminent généralement par une pointe d’humour laconique où les grandes ambitions de l’artiste se ramènent à la taille d’une portion de frites, et sa relation avec les origines pariétales de l’art s’exprime par un graffiti furtif sur le coin d’une affiche…

Source: ART & FICTION ÉDITION D’ARTISTES

Extrait

Manuel Perrin et la mémoire du temps

Écrit par Jean-Paul Gavard-Perret

Les dessins de Manuel Perrin semblent presque abstraits. Mais l’artiste a observé tout ce qui bougea et bouge autour de lui. Celui qui s’évadait en dessinant sur les coins et la marge de ses copies concrétise avec cette bande dessinée bien plus qu’une rêverie. Il s’agit de relevés de moments clés et ce qu’il a appris à l’école d’art de Genève (HEAD) lui permet « d’écrire » une œuvre influencée par le minimaliste.L’artiste tente en cette bande dessinée de réconcilier son présent et son passé dans la tension sensible

entre ce qui se joue à côté et entre les images : la mémoire des lieux dont il ne reste que quelques arpents, la beauté ou la douleur d’instants au sein de ce que Barthes nomma le « punctum » : une sorte de hors-champ subtil, comme si l’image lançait le désir au-delà de ce qu’elle donne à voir. Ce qui subsiste est loin d’être un « reste » mais une acmé sans que pour autant l’artiste s’en serve pour élaborer des plans sur sa comète.

Il suffit de quelques schémas plastiques simples, de quelques détails afin de créer du lien mais aussi de vivre avec la mémoire tout en évitant le repli narcissique dans le refus de tout dandysme plastique.

A ce titre ce livre est le meilleur moyen de lutter contre l’équivoque rouleau-compresseur des images connues. Le chemin n’est pas simple. Mais tous les espoirs sont permis à celui qui avec son « In Petto » nous étonne par son humour, sa maturité artistique et existentielle. L’épure dame le pion au narcissisme et entretient avec le problème du réel et de l’art un climat ambigu.